Référentiel soft skills : 7 modèles pour relier compétences et comportements observables

Un référentiel de soft skills transforme des qualités souvent jugées subjectives, comme l’écoute, l’adaptabilité, l’esprit d’équipe ou la prise d’initiative, en un langage commun utilisable dans le recrutement, la formation et la mobilité interne. Il précise les compétences comportementales attendues pour un métier, le niveau requis et les comportements qui permettent de les reconnaître.
Ce qu’un référentiel soft skills doit réellement contenir
Un référentiel de compétences comportementales est un cadre partagé qui liste, classe et définit les soft skills. Les termes soft skills, savoir-être professionnels et compétences transversales se recoupent, sans être parfaitement synonymes. Les hard skills désignent des savoir-faire techniques mesurables. Les soft skills concernent la manière de mobiliser ses connaissances et d’agir avec les autres face à un problème ou dans un environnement changeant.
Une compétence n’est ni une valeur affichée par l’entreprise ni un trait stable de personnalité. Le respect est une valeur, tandis que l’extraversion relève davantage de la personnalité. En revanche, communiquer avec clarté dans une situation tendue est une compétence qui peut se développer et s’observer. Cette distinction évite de confondre l’évaluation professionnelle avec un jugement sur la personne.
De la liste générique à la fiche exploitable
Une fiche utile comprend au minimum une définition concise, un contexte de mobilisation, des niveaux de maîtrise et des indicateurs observables. Pour la coopération, par exemple, un niveau attendu peut se traduire par les comportements suivants : partager l’information utile, solliciter l’expertise d’un collègue et contribuer à une décision collective. Ces formulations sont plus exploitables que la seule mention « esprit d’équipe ».
Le point décisif est le lien entre le mot et la preuve. Tant qu’une compétence reste une étiquette, chacun lui donne son propre sens. Lorsqu’elle est reliée à une situation, à une action attendue et à un résultat vérifiable, elle devient un objet de dialogue. Le manager peut alors expliquer un retour, le candidat donner un exemple précis et le collaborateur savoir sur quoi progresser.
Les familles de compétences à organiser selon les métiers
Il n’existe pas de nomenclature officielle unique des soft skills. Une organisation a donc intérêt à adopter des familles simples, cohérentes avec ses métiers et sa culture, plutôt qu’un catalogue exhaustif difficile à utiliser. Les compétences suivantes couvrent les besoins les plus fréquents :
- Communication et relation : écoute active, expression orale et écrite, capacité à reformuler, négociation, gestion des désaccords.
- Coopération et leadership : travail en équipe, influence, animation, délégation, capacité à fédérer et à donner du feedback.
- Réflexion et action : analyse, résolution de problèmes, esprit critique, créativité, prise de décision et sens des priorités.
- Compétences intrapersonnelles : autonomie, gestion du stress, persévérance, confiance professionnelle, responsabilité et résilience.
- Adaptation et apprentissage : curiosité, apprentissage continu, flexibilité, ouverture au changement et culture numérique.
La même compétence ne pèse pas de la même manière selon le poste. Un conseiller client a besoin d’écoute et de clarté relationnelle. Un chef de projet doit aussi arbitrer et coordonner. Un technicien peut devoir faire preuve de rigueur, de capacité de diagnostic et d’aptitude à transmettre les informations. Le référentiel doit donc relier les compétences aux situations de travail, sans imposer le même profil à tous.
ROME, O*NET, ESCO : comparer les principaux modèles
Les grands référentiels servent de base de comparaison, d’orientation ou de cartographie. Ils n’ont ni le même périmètre ni le même degré de détail. Un cadre institutionnel facilite la mise en correspondance avec les métiers. Un modèle privé peut offrir une lecture plus directement exploitable dans une démarche RH.
| Référentiel | Périmètre | Repères utiles | Usage pertinent |
|---|---|---|---|
| ROME | Métiers et emplois en France | 14 compétences transversales de savoir-être professionnels | Relier compétences et métiers, orientation, recrutement |
| O*NET | Marché du travail américain | 923 professions décrites | Analyse détaillée des professions et comparaison internationale |
| ESCO | Classification européenne | 13 485 compétences, dont 453 transversales | Cartographie large des compétences et des professions |
| eLene4work | Référentiel européen | 4 blocs : social, personnel, méthodologique et numérique | Formation, employabilité et accompagnement des apprenants |
| HESTER H10 | Modèle structuré de soft skills | 4 catégories, 10 dimensions, 22 méta-compétences et 39 soft skills | Structuration fine d’un modèle RH |
| Todoskills | Modèle de compétences douces | 48 compétences réparties en 6 catégories | Lecture synthétique et développement des compétences |
| Jobready | Employabilité et préparation professionnelle | 44 soft skills en 11 blocs | Orientation, insertion et parcours professionnels |
Le ROME est particulièrement utile lorsque l’enjeu est l’ancrage métier en France. O*NET offre une profondeur importante sur les professions, tandis qu’ESCO propose une classification européenne très étendue, parfois trop granulaire pour un usage quotidien. eLene4work s’inscrit davantage dans une logique pédagogique. HESTER H10, Todoskills et Jobready peuvent inspirer une catégorisation opérationnelle, à adapter sans les reproduire mécaniquement.
Évaluer les soft skills sans réduire la personne à une note
L’évaluation des compétences comportementales gagne en fiabilité lorsqu’elle croise plusieurs éléments : entretien structuré, mise en situation, observation en contexte de travail, auto-évaluation et feedback 360. Un test peut compléter le dispositif, notamment avec des outils proposés par Perfomanse, Assessfirst, CentralTest ou Innermetrix. Il ne devrait toutefois pas décider seul d’un recrutement ou d’une évolution.
Observer une action dans une situation donnée
Une mise en situation est souvent plus révélatrice qu’une question abstraite. Pour évaluer la résolution de problèmes, on peut présenter un incident client avec des informations incomplètes, puis observer la capacité à clarifier les faits, hiérarchiser les enjeux, proposer une option et expliquer son choix. Pour l’adaptabilité, on examinera la réaction à une consigne modifiée plutôt que de demander si la personne est « flexible ».
Les biais restent possibles : effet de première impression, préférence pour un style de communication proche du sien, interprétation culturelle d’un silence ou d’une prise de parole. Une grille commune, des critères formulés à l’avance et la comparaison de plusieurs situations limitent ces biais. Les résultats doivent alimenter une décision argumentée et un plan de développement, sans étiqueter durablement un individu.
Construire un référentiel interne simple et durable
Un référentiel interne devient pertinent lorsque les modèles existants sont trop larges ou ne reflètent pas les pratiques de l’organisation. La bonne démarche consiste à viser l’utilité : entre huit et quinze compétences prioritaires sont généralement plus faciles à faire vivre qu’une liste de plusieurs dizaines d’items.
- Analyser les métiers : recueillir les situations critiques, les évolutions prévues et les modes de collaboration auprès des managers, des collaborateurs et des RH.
- Sélectionner les compétences : choisir celles qui font réellement la différence entre des niveaux techniques équivalents, puis les classer par familles.
- Définir des niveaux : distinguer, par exemple, la mise en œuvre autonome, la capacité à gérer une situation complexe et la capacité à faire progresser les autres.
- Rédiger des indicateurs : associer chaque niveau à des comportements factuels observables dans le travail.
- Tester et ajuster : expérimenter la grille sur quelques métiers, recueillir les retours et retirer les formulations ambiguës.
Le référentiel doit être gouverné, pas seulement publié. Une revue périodique permet de vérifier qu’il accompagne encore les transformations des métiers, des outils et des modes de management. Utilisé dans les entretiens, les parcours de formation, la mobilité et le recrutement, il devient un repère commun plutôt qu’un document RH oublié.