Stratégie mobilité entreprise : réduire l’autosolisme sans pénaliser les salariés

Une stratégie de mobilité en entreprise organise les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels pour réduire leurs coûts, leurs émissions et leurs contraintes. Son outil opérationnel est le plan de mobilité employeur (PDME) : un diagnostic, des objectifs, des actions financées et des indicateurs. Pour réussir, mieux vaut partir des possibilités réelles des salariés que d’imposer un mode de transport unique.
Définir le périmètre et vérifier les obligations
Le PDME, qui succède au plan de déplacements entreprise (PDE), traduit la politique de mobilité en décisions concrètes. Il traite notamment de l’accès au site, des missions professionnelles et de la flotte. Selon l’activité, la réflexion peut aussi intégrer les visiteurs, les prestataires et les livraisons.
Testez vos connaissances sur le plan de mobilité employeur
Répondez aux six questions, puis validez pour découvrir votre score.
À noter : aucun article source n’a été fourni avec la demande. Ce quiz s’appuie donc uniquement sur les six thèmes explicitement mentionnés dans le brief ; il ne présente pas de détails réglementaires ou chiffrés absents de celui-ci.
Résultat
Notions à retenir- Le périmètre réglementaire du PDME.
- Le diagnostic et les parts modales.
- Les solutions de mobilité et leur financement.
- Les indicateurs de suivi.
Le seuil de 50 salariés ne suffit pas à lui seul
Le cadre issu de la loi d’orientation des mobilités de 2019, applicable depuis le 1er janvier 2020, articule négociation sur la mobilité et plan d’action. Dans les entreprises concernées par la négociation obligatoire, la mobilité domicile-travail doit être abordée lorsque les conditions sont réunies. À défaut d’accord, un PDME doit être élaboré pour les entreprises regroupant au moins 50 salariés sur un même site dans les territoires concernés, notamment les agglomérations de plus de 100 000 habitants couvertes par un plan de mobilité.
Vérifiez donc ensemble l’effectif du site, sa localisation, le périmètre du plan territorial et les obligations de négociation applicables. Service-Public.fr et l’autorité organisatrice de la mobilité permettent de préciser cette situation. Un effectif global supérieur à 50 salariés ne suffit pas, à lui seul, à conclure à une obligation pour chaque implantation.
Choisir une organisation adaptée aux implantations
Un plan mono-site répond aux contraintes d’un établissement. Un plan multi-sites partage une gouvernance tout en conservant des actions locales. Un plan mutualisé associe plusieurs employeurs d’une même zone pour organiser, par exemple, du covoiturage ou une navette. Les sites de moins de 50 salariés peuvent être intégrés volontairement à la démarche : leur intérêt opérationnel ne dépend pas du seuil réglementaire.
Diagnostiquer les déplacements avant de choisir les solutions
La voiture représente 74 % des déplacements vers le travail des personnes en emploi en France, et 87 % dans les communes rurales, selon l’enquête citée sur ces pratiques. Ces écarts rappellent qu’une politique pertinente en centre-ville peut être inadaptée à un site industriel isolé.

Croisez une enquête auprès des salariés avec les données de fonctionnement : occupation des parkings, abonnements remboursés, frais kilométriques, carburant et réservations de véhicules. Une cartographie par zones de résidence suffit généralement ; évitez de collecter des adresses précises sans nécessité.
- Pratiques : modes utilisés selon les jours, distances, temps de parcours et correspondances.
- Contraintes : horaires décalés, accompagnement d’enfants, handicap, matériel transporté et sécurité des itinéraires.
- Potentiel : lignes accessibles, itinéraires cyclables, collègues aux horaires compatibles et télétravail possible.
- Attentes : économies recherchées, services utiles et conditions nécessaires pour essayer une alternative.
Mesurez les parts modales, c’est-à-dire la répartition des déplacements entre les modes de transport, puis les kilomètres et les émissions associées. Pour les déplacements professionnels, séparez les missions réellement nécessaires de celles qui pourraient être regroupées ou réalisées à distance.
Le parking agit parfois comme un aimant : lorsqu’une place gratuite attend chaque salarié devant l’entrée, la voiture reste l’option la plus facile, même lorsqu’une alternative existe. Analysez cette force d’attraction pratique : distance entre l’arrêt de bus et l’accueil, accès au local vélo, places réservées aux covoitureurs. Rééquilibrer ces petits avantages peut faciliter le changement, sans supprimer brutalement le stationnement de ceux qui en dépendent.
Composer un bouquet de solutions accessible aux salariés
La priorité est de réduire l’autosolisme, autrement dit l’usage de la voiture seul, sans dégrader l’accès à l’emploi. Comparez chaque action selon son coût complet, son potentiel d’utilisation et ses contraintes. Les niveaux ci-dessous constituent des repères de décision, non des devis.
| Solution | Coût employeur | Situation favorable | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Marche et vélo | Faible à modéré | Trajets courts, accès sécurisés | Stationnement, vestiaires, sécurité |
| Covoiturage | Faible à modéré | Origines et horaires compatibles | Retour garanti en cas d’imprévu |
| Transports collectifs | Variable | Desserte compatible avec le travail | Dernier kilomètre et horaires |
| Télétravail | Variable | Activités réalisables à distance | Équité et organisation des équipes |
| Navette mutualisée | Modéré à élevé | Flux concentrés entre plusieurs employeurs | Remplissage et coût récurrent |
Pour le vélo, associez stationnement sécurisé, information sur les itinéraires et services d’entretien. Pour le covoiturage, commencez par rapprocher les salariés d’un même bassin de vie. Une animation régulière est souvent plus utile qu’une plateforme laissée sans suivi.
Le télétravail et la visioconférence évitent certains trajets, mais ne conviennent pas à tous les métiers. Évaluez les kilomètres réellement évités et les déplacements supplémentaires éventuels. Pour les missions, privilégiez le regroupement des rendez-vous et le train lorsque cela est pertinent. Dimensionnez ensuite la flotte selon les usages avant de remplacer les véhicules ; adaptez aussi les livraisons et la petite logistique lorsque l’activité le permet.
Financer les actions et attribuer les responsabilités
Dans le secteur privé, l’employeur prend en charge au moins 50 % du coût des abonnements éligibles aux transports publics. Une prise en charge supérieure, notamment jusqu’à 75 %, peut être envisagée en vérifiant le régime social et fiscal applicable. Le forfait mobilités durables reste facultatif dans le secteur privé, sauf engagement applicable à l’entreprise.
Ne confondez pas montant versé et plafond d’exonération. Le seuil de 900 € par an et par salarié concerne notamment le plafond global applicable au cumul du forfait mobilités durables avec la prise en charge des abonnements, sous conditions ; ce n’est pas un plafond universel du forfait seul. Faites valider les règles de cumul et les justificatifs par la paie.
Construisez un budget distinguant diagnostic, équipements, aides aux salariés, animation et maintenance. Contactez l’autorité organisatrice de la mobilité, les collectivités et l’ADEME pour identifier les accompagnements ouverts. Vérifiez la disponibilité des dispositifs liés à Employeur Pro-Vélo avant d’intégrer une subvention au financement.
La direction arbitre le budget, les RH sécurisent les dispositifs, le responsable de site traite les accès et la RSE suit les impacts. Associez les représentants du personnel et des salariés aux profils variés. Chaque action doit avoir un responsable, une échéance et un coût estimé.
Piloter les résultats plutôt que compter les inscriptions
Fixez des objectifs SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et datés. Réduire l’usage de la voiture individuelle de 20 % en 12 mois ou doubler la part du vélo d’ici la fin de l’année sont des exemples, à adapter au diagnostic. Précisez toujours si la baisse porte sur les trajets, les kilomètres ou les personnes.
- Usages : parts modales, fréquence du covoiturage et kilomètres évités.
- Environnement : émissions de CO₂ calculées avec une méthode constante, notamment grâce à Impact CO₂.
- Économie : dépenses de mobilité, carburant, stationnement et coût par bénéficiaire.
- Conditions de travail : satisfaction, temps de trajet, accessibilité et difficultés rencontrées.
Prévoyez un diagnostic initial, une expérimentation, puis un bilan après plusieurs mois et une revue annuelle. Un Challenge de la mobilité, organisé sur une journée, une semaine ou un mois, peut déclencher un essai ; seule l’évolution durable des pratiques mesure sa réussite.
Enfin, gardez la prévention au centre du projet : selon Generali, 440 personnes ont été tuées en 2023 lors d’un déplacement lié au travail, dont deux tiers sur un trajet domicile-travail. Une stratégie utile réduit les émissions et les coûts, mais doit aussi rendre les déplacements plus sûrs et moins fatigants.